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Publié par Samuel Malonga

 

Les clochards de la République

Le sport congolais a beaucoup marqué le continent africain par ses victoires. En témoigne la derrière victoire des Léopards locaux au CHAN au Rwanda. Nul ne peut le prévoir. Mais au vu de ce qui se passe après avoir pris la retraite sportive, il y a lieu de se demander ce que deviendront ces champions lorsqu’ils raccrocheront et qu’ils deviendront des Congolais ordinaires ? Les intéressés se préparent-ils à cette évidence ou grisés par leur succès actuel, ils ne songent pas à la vie du lendemain. Car les anciens sportifs congolais sont devenus aujourd’hui des véritables souffre-douleurs. Le sport amateur est une corporation qui fabrique sans cesse des laissés pour compte de demain. La quasi-totalité des sportifs au Congo sont logés dans la même enseigne.

 

Les Léopards, champions d’Afrique 1968 et 1974

Il y a 40 ans, ils avaient été jeunes, pétillant de santé et avaient joué dans la cours des grands. Leurs noms avaient tellement terrorisé leurs adversaires qu’ils étaient pour beaucoup de jeunes des exemples à suivre, des modèles voire des héros. Dans les années 1967-1974, les Léopards avaient été les meilleurs ambassadeurs du Congo. Leur talent avait émerveillé plus d´un. Aujourd’hui ces seniors sans repère sont devenus les clochards de la République. Et pourtant, c’est la patrie qui les avait roulés dans la farine en les privant de leurs primes lors de la Coupe du monde allemand en 1974 et en émettant des lois qui les privèrent d’une possible carrière professionnelle en Europe. Revendiquer leur droit fut un véritable parcours du combattant. Les anciens Léopards champions d’Afrique réclamèrent réparation. Pour ce faire, ils avaient erré de ministère en ministère pour revendiquer leur droit. Une prime mensuelle 500 dollars américains leur avait été promise en 2011 par Adolphe Muzito alors Premier ministre. Le groupe n’avait pu entrer en possession de cet argent que quatre fois: octobre et novembre 2011 ensuite mai et juin 2013. En décembre 2013, les anciens Léopards avaient fait un sit-in devant le cabinet de Daniel Mukoko Samba alors vice-premier ministre et ministre du Budget pour réclamer leurs arriérés. Sans résultat. Et pourtant, leur double victoire à la CAN en 1968 puis en 1974, enfin leur qualification à la Coupe du monde la même année sont les seules vraies références de notre football. Pour corriger cette injustice, la fédération prit la ferme résolution de résoudre le problème afin de rendre un peu d’honneur et de dignité à ces valeureux anciens Léopards. Une prime mensuelle de 200 dollars leur sera allouée. La Fécofa a sûrement un trésor de guerre car elle reçoit annuellement de l’argent de la FIFA dans le cadre de son soutien aux fédérations des pays du tires-monde. Reste maintenant à savoir pendant combien de temps Omari, l’inamovible président de la Fécofa, tiendra sa promesse.

 

 

César Sinda

Qui se souvient encore de César Sinda, le tigre de la boxe congolaise ? Qui se rappelle encore de ses exploits et de son punch? Très loin est l’époque où il dansait sur le ring et terrassait ses adversaires. Loin est l’époque où Tigre, fierté de Matete, de Kinshasa et du Congo faisait la une des journaux à grand tirage. Il se promènerait aujourd’hui dans les rues de la capitale, personne ne le reconnaîtrait, à part peut-être les anciens Matétois. La presse qui l’adulait l’a littéralement oublié. Pourtant, son unique médaille d’or lors des championnats d’Afrique de boxe à Lusaka en 1968 (et non 1967 comme initialement mentionné) a permis à la RDC de participer pour la première fois aux JO. C’était à Mexico en 1968. Le Tigre qui a pris de l’âge continue, parait-il, à vivre dans la parcelle familiale à Matete. Il est à la fois devenu méconnu et méconnaissable. Le félin ne sait plus comment bondir. Combien a-t-il reçu lors de sa médaille d’or à Lusaka ou lors de sa participation aux JO de Mexico ? A le voir aujourd’hui, on ne saurait manquer de dire que Tigre n’a pas vraiment profité de son éphémère carrière professionnelle aux États-Unis.

 

Kele-Kele Lituka

Il vit à Kisangani dans le dénuement le plus total. Kele-Kele est devenu paraplégique. Seul son nom fait qu’il existe encore dans les récits de ceux qui l’ont vu à l’œuvre.  Lui qui avait été le premier à donner un titre de champion du monde au pays fut victime de la fédération. C’est elle qui avait empoché ses primes. Dans un journal, il déclara : "Je ne connaissais rien de la valeur de mes titres", regrette aujourd'hui Pierre Kele-Kele, le regard tourné vers le passé, lorsqu’on lui demande ce qu’il a fait de sa fortune. Durant son séjour allemand, il déclare n’avoir reçu en mains propres des organisateurs que 110 marks (environ 87 euros). "On me disait que l’argent de mes titres était viré au compte de la fédération zaïroise de lutte", affirme l’ancien champion.

 

Edingwe, Mangamba et les autres sportifs inconnus

La liste des anciennes gloires du sport congolais ressasse aujourd’hui les noms des hommes et des femmes vieillissants dont le quotidien reflète l’état de la nation. De Mangamba à Edingwe, la longue litanie des noms ne s’arrête pas là. Moto na Ngenge s’est beaucoup plaint de sa situation dans de différentes chaines de télé à Kinshasa. Beaucoup d’anciens sportifs toutes disciplines confondues vivent dans la précarité. Ceux qui hier avaient fait vibrer nos cœurs par leurs exploits et qui ont porté haut l’étendard du sport national nous font aujourd’hui pleurer par leur triste sort, tant à Kinshasa que dans les provinces. Comment le sport amateur, cet incontestable pourvoyeur des sportifs au Congo, peut-il entrevoir l’avenir de la corporation ? Dans tous les cas, il doit évoluer, se restructurer en attendant l’avènement du professionnalisme qui titube encore. Il ne peut pas seulement se limiter à faire du loisir. La véritable révolution serait qu’il arrive à nourrir le sportif pendant sa retraite.

 

Samuel Malonga

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Messager 12/04/2016 11:20

Merci à notre ami Samuel Malonga pour avoir rédigé cet article qui interpelle notre conscience. Voilà que son article coïncide avec la publication de la liste des prédateurs qui se servent de la politique pour piller les richesses des pays africains avant d’aller les stocker dans des paradis fiscaux, sans se soucier de la situation de la population. Quand on se rappelle que certains s’étaient proclamés « libérateurs », maintenant on sait qu’il s’agissait d’une escroquerie politique.
Notre souhait est que notre ami Samuel Malonga puisse élargir son enquête à l’ensemble de la population. Une enquête qui nous donnerait une vue d’ensemble sur la situation des différentes catégories sociales à la retraite aujourd’hui. Comment survivent-elles, car nous savons qu’il y a quelques années, nous avions déploré l’état dans lequel vivait un ancien premier ministre et professeur d’université. Pourquoi toute la population , en dehors des politiciens, est condamnée à vivre dans la misère ?
Nos lecteurs comprennent pourquoi nous luttons sur ce site pour l’instauration d’un état de droit, capable d’assurer le minimum vital à toute la population, en fonction des richesses du pays et des services rendus par les uns et les autres.

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