Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Messager

Beau-frère d’Emmanuel Bamba, papa Honoré Nkunku parle

 

Suite à notre article intitulé "Triple tentative de suicide dans la famille Bamba", que l’on peut consulter sur ce lien : http://www.mbokamosika.com/article-triple-tentative-de-suicide-dans-la-famille-bamba-122357645.html, la famille biologique de l’homme d’église et ancien ministre des Finances Emmanuel Bamba avait apporté certains ajouts et précisions. Pour répondre à certaines questions dont celles posées par notre frère Ngimbi Kalumvueziko, nous avions jugé opportun de contacter papa Honoré Nkunku sur place à Kinshasa pour plus  d´éclaircissements. Nous avions été encouragé dans cette démarche à  la fois  par Jean-Claude Nkunku et Vicky Kandi qui ont eu l´amabilité et la courtoisie de nous donner les coordonnées de cette bibliothèque qui n’a pas encore brûlé. Nous avions soumis un questionnaire à notre interlocuteur. Sans tabou, nous avions posé toutes les questions, même celles qui fâchent, rien que dans le souci de connaître la vérité. L’entretien a porté sur tout : Bamba bien sûr mais aussi Diangienda et ses frères, Simon Kimbangu, mama Muilu, les makesa, Mobutu, les kimbanguistes voire Tshisekedi. Nous ne remercierons jamais assez notre ami Alexis Wany Mukuisila qui s´est donné la peine de rencontrer l´intéressé à son domicile. L’interview écrite a eu lieu le mercredi 19 février 2014 de 11h à 12h45 en présence de sa fille et de son petit-fils. Papa Honoré-Adolphe Nkunku n’avait pas souhaité que sa photo soit publiée. C’est un grand monsieur de 89 ans.

 

A bâtons rompus avec papa Honoré Nkunku

 

Bonjour papa Honoré Nkunku. Présentez-vous auprès des lecteurs de Mbokamosika.

Je m’appelle Nkunku Honoré-Adolphe. J’habite sur size rue Basankusu n° 260 dans la commune de Lingwala à Kinshasa. Je suis veuf. Avec feue mon épouse Maseluka Marie, j’avais eu neuf enfants dont trois filles et six garçons. Mais aujourd’hui  il n’y a que trois survivants: deux garçons et une fille. Je suis du clan Zinga comme Diangienda. Quand le corps de papa Simon Kimbangu était arrivé à Nkamba, j’étais le premier à ouvrir le mausolée. J’y suis allé pour la première fois en 1950. Je me suis marié grâce aux kimbanguistes.

 

Comment allez-vous ?

Je vais bien à part quelques difficultés pour marcher. Faire de longues distances est devenue une mer à boire. Mes jambes n’ont plus assez de force et ma  vue est devenue très faible, beaucoup trop flou pour voir.

 

Nous sommes venus vous voir pour honorer la mémoire de votre beau-frère Emmanuel Bamba.  Parlez-nous de l’homme qu’il fut afin que les jeunes d’aujourd’hui le découvrent.

Je l’ai connu à Kinshasa quand il a commencé une chorale chez lui sur la rue Tshuapa n° 162. Il était notre dirigeant. Il l’avait créée dans le souci de regrouper tous les anciens de Nsona-Mbata vivant à Kinshasa. Je suis devenu choriste alors que je venais de l’Armée du Salut. Bamba était un homme franc, très sociable, cherchant à partager avec tout le monde. Il prenait beaucoup d’initiatives. Il était originaire du village Kinzuana dans le territoire de Kasangulu.

 

Votre épouse, mama Nsiona a failli se suicider après la pendaison de son frère. Comment cela s´était-il passé?

Quand nous étions en prison avec Bamba, j’étais encore fiancé alors que lui était  déjà marié. Il est devenu député après les élections. On l’avait accusé de préparer un coup d’État contre Mobutu en complicité avec ses amis. Ils étaient tous arrêtés sauf le général Bangala, le propriétaire de la maison où se passaient les réunions. C’était un lundi et le mardi, il y avait jugement au camp Kokolo. Nous sommes allés voir le cardinal Malula afin qu’il sollicite l’intervention du Pape. Mais Mobutu refusa la demande de grâce du souverain pontife. Lorsque la sentence fut prononcée et qu’on allait les pendre en public, ma femme voulut se suicider. En fait, elle considérait Bamba comme son père. Sa mère étant morte quand elle n’avait que deux semaines, c’est lui qui l’éleva. Elle ne pouvait en aucun cas supporter la disparition d’un être si cher.   

 

L´acte posé par votre épouse était-il un geste de désespoir ou un acte d’amour fraternel ?

C’était un acte d’amour pour celui qu’elle chérissait tant.

 

Un certain 2 juin, votre épouse va se recueillir sur la tombe de son frère. Arrivée sur le lieu, il trouve un boa. Quelle signification donnez-vous à la présence de ce reptile à cet endroit précis.

Je ne connais pas trop cette histoire. On nous a montré la tombe de mon beau-frère en 1966. Ma femme avait horreur d’y aller pour éviter de réveiller ses émotions.

 

Comment viviez-vous en tant qu’époux, cette vie triste et pleine d’amertume qu´avait connu mama Nsiona après la mort de son frère? Ne pouvait-elle pas dépasser cette douleur en offrant et en partageant son amour avec vous son mari et ses enfants ?

C’est ce que nous faisions. Nous nous partagions réciproquement de l’amour et nous avions tout remis entre les mains de Dieu jusqu’au jour du décès de mon épouse le 20 mai 1996. En tout cas, on avait fait un effort pour tout oublier.  

 

Chez les Bakongo, les noms ont toujours revêtu une signification particulière. Celui de votre épouse ne présageait-il pas un malheur à venir dans la famille? Ce nom  "Nsiona" n’était-il pas une sorte de signe prémonitoire ?

On lui avait donné ce nom parce qu’elle était devenue orpheline de père et de mère en très bas âge. La connotation particulière de ce patronyme n’à rien avoir avec les événements qui ont survenu dans la famille.

 

Est-ce vrai que Joseph Diangienda n´avait pas demandé  la grâce présidentielle en faveur des condamnés ? N´avait-il réellement rien fait pour sauver Bamba et ses amis d´infortune?

Diangienda ne pouvait pas demander la grâce présidentielle parce qu’il n’était plus en bon terme avec Bamba. Et pourtant, ils étaient amis. Diangienda venait parfois chanter dans sa chorale. Il était toujours présent à tous les événements de la famille. C’est lui Diangienda qui célébra mon mariage en 1953. J’avais fait une année de noces sans enfants. Bamba dans sa cellule demanda à son ami Diangienda de m’envoyer à Nkamba où se produisaient des miracles. Ils se sont brouillés lorsque Bamba lui dit de rendre compte car beaucoup de pasteurs dans l’église étaient impayés.

 

Si Diangienda avait tenté d´obtenir la grâce des condamnés. Pensez-vous qu´il aurait réussi à convaincre Mobutu, Bobozo et les autres faucons du régime?

Non, au contraire. Étant devenu hostile à Bamba, Diangienda ne pouvait qu’être content du sort qui lui était réservé.

 

Mobutu était sourd aux demandes du Pape Paul VI, de Lyndon Johnson et du roi Baudouin qui connaissait personnellement Bamba qu’il avait reçu à Bruxelles lorsqu’il était ministre des Finances. Pourquoi selon vous, la sentence avait-elle été si sévère ?  

Le secret dans son cœur était impénétrable à mon avis. Peut-être avait-il par cet acte voulu intimider le peuple et étouffer dans l’œuf tout mouvement contestataire. Et pourtant le cas de Bamba n’en était pas un ; peut-être seulement dans la tête de ceux qui l’ont élaboré.

 

Bamba avait-il eu des antécédents avec Mobutu ? Était-il une personne gênante pour le pouvoir militaire? Savait-il trop de vérités ?

Bamba avait fait la 5ème primaire à Sona-Bata. Il est devenu par la suite directeur au Crédit foncier à l’époque des Flamands. Ce qui est vrai, c’est qu’il était très intelligent. Peut-être parce qu’étant proche de Kasa-vubu, Mobutu avait peur qu’il ne soit de mèche avec l’ancien président afin de reconquérir le pouvoir.

 

Diangienda voyait-il Bamba comme un concurrent? Existait-il une sorte d’antagonisme entre eux ?

Concurrent surtout au niveau de l’église. Car tout le monde savait que Kimbangu au début de son ministère en 1921 à Nkamba rencontra Bamba qui est né en 1920. Il était à califourchon sur le dos de sa mère. Tout bébé qu’il était, il est allé saluer Kimbangu et ils se sont parlé.  Devenu grand, Bamba était populaire et était devenu un illustre personnage dans l’église. Il tenait à rencontrer de nouveau le prophète pour lui demander ce qu’ils se sont dit lors de leur première rencontre à Nkamba alors qu’il était bébé. Ce rapprochement pouvait faire peur à Diangienda qui  pouvait croire que Bamba voulait lui ravir la direction de l’église.

 

Pourquoi Bamba avait-il quitté l´église kimbanguiste? Voulait-il faire ombrage à cette dernière? N´était-il pas bon d’y rester tout en continuant à lutter pour les reformes?

Quand ils étaient à Nkamba, la famille de Diangienda voyant que Bamba était proche de Simon Kimbangu, commençait à s’opposer à toutes ses initiatives. Bamba avait peut être vu que le danger était imminent alors il avait préféré partir. Le problème de paiement subsistait. Moi-même par exemple, j’avais la carte des ‘’Longi’’, mais je n’étais pas payé. Voilà pourquoi en 1962, Bamba fonda sa propre église dénommée ‘’Église de Salut en Jésus Christ par le Témoin Simon Kimbangu, Église Congolaise’’. Le siège se trouvait à Lemba Échangeur, à l’endroit où la CBCO est implantée actuellement. Quand Mobutu ferma notre Église, il céda le bâtiment aux  protestants. Nous nous battons encore aujourd’hui pour récupérer et notre édifice et notre concession.   

 

Supposons que Bamba soit encore dans l´église kimbanguiste en 1966. Pensez-vous que son sort comme celui de ses trois amis aurait été différent?

Pas du tout. Il n’aurait jamais été différent. Je vous ai déjà dit que Diangienda était devenu opposant à Bamba. Pensez-vous qu’il aurait voulu le bien de son ennemi ?  Au vu du climat qui régnait entre eux, il était impossible que Bamba soit resté jusqu’en 1966 dans l’église kimbanguiste.

 

Parlez-nous des relations entre Bamba et Diangienda.

Elles avaient commencé lorsque Diangienda intégra la chorale de Bamba. Les choses allaient bien comme dans une famille. Puis leurs rapports s’envenimèrent pour des raisons que j’ai déjà évoquées.

 

Certains disent que Diangienda tout comme ses frères Kisolokele et Dialungana étaient catholiques. Y a-t-il des preuves?

Quand leur père était arrêté en 1921, l’administration belge envoya les enfants aux études à la Colonie de Boma. Diangienda (né en 1918) et son frère Kisolekele (né en 1914) sont devenus catholiques là-bas. Dialungana (né en 1916) avait refusé de partir avec ses frères. Il préféra rester auprès de leur mère. D’ailleurs Kisolekele travailla plus tard comme administrateur de territoire à Tshela au Bas-Congo.   

 

Étaient-ils baptisés ? Quelle paroisse fréquentaient-ils? Où ?

Ils fréquentaient la paroisse Notre Dame du Congo (Sainte Marie). Quant à leur baptême, je ne sais pas s’ils l’avaient reçu à la Colonie de Boma où ils avaient étudié.

 

Quelle est selon vous la plus belle réalisation du politicien Bamba? Si possible donnez-nous son bilan politique tant au gouvernement, au sénat  qu’au sein de l’Abako.

Je ne crois pas avoir une quelconque information sur cet aspect de sa vie parce que Bamba s’intéressait plus à la religion.

 

Pour quel motif Emmanuel Bamba était-il arrêté par la sûreté belge à son retour de Nkamba? Qu´est-ce-qu´il est allé faire là-bas?

Bamba était arrêté dès son retour de Nkamba tout simplement parce qu’il était kimbanguiste. Et comme vous le savez, l’administration belge était contre ce mouvement religieux.

 

Il est arrêté en 1951 avec les autres personnes puis incarcéré à la prison de Ndolo. Mais pourquoi fut-il le seul à être relégué à E’ville ? Et pourquoi seulement au Katanga?

Nous étions 41 personnes incarcérées à la prison de Ndolo parce que nous priions chez Bamba et étions adeptes de Simon Kimbangu. Nous étions tous libérés sauf lui. Les Belges avaient promis de le relâcher le lendemain. Mais plus tard, nous avions appris qu’il était envoyé à Élisabethville chez son maître Simon Kimbangu avec qui il était trop attaché (une façon de se moquer de lui). Papa Simon Kimbangu était d’ailleurs ravi de revoir son fils. 

 

A quand remonte la première rencontre d´Emmanuel Bamba avec Simon Kimbangu? Comment cela s’est-il passé ?

En 1921, quand Papa Simon Kimbangu avait commencé son ministère et faisait des miracles, tout le monde partait à Nkamba. Les malades étaient guéris. Sa mère l’avait amené là-bas quand Bamba était encore un nourrisson et ils se sont parlé. Grandit, il tenait à rencontrer papa Simon Kimbangu à Nkamba afin qu’il lui rapporte ce qu’ils s’étaient dits quand il était encore bébé.

 

Dans qu´elle état avait-il trouvé le prophète lors de son arrivée à E´ville?

Il l’avait trouvé en bonne santé. Ils mangeaient et dormaient ensemble. Simon Kimbangu lui avait même dit que lui Bamba rentrerait à Kinshasa et qu’il n’allait pas mourir à Élisabethville.

 

Emmanuel Bamba ne vous a-t-il pas soufflé la teneur de ce que  le prophète lui aurait dit?

Non.

 

Combien de temps, Bamba est-il resté auprès du prophète? Se considérait-il comme le seul et unique fils spirituel de Kimbangu ?

Ils sont restés seulement 5 mois ensemble, soit du 18 avril 1951, date de l’arrivée de Bamba en prison à E’ville, au 2 octobre 1951, date du décès de Simon Kimbangu. Non, Bamba ne se considérait pas comme étant le seul fils spirituel du prophète. Ce sont plutôt les autres qui lui collaient cette étiquette afin qu’il se prévale de ce titre. Il ne le manifestait pas lui-même.

 

A suivre…

 

Interview élaborée par Samuel Malonga

Réalisée à Kinshasa par Alexis Wany Mukuisila

 

Papa Honoré Nkunku parle (2)

 

Nous publions la deuxième et dernière partie de notre entretien avec papa Honoré-Adolphe Nkunku, le beau-frère de feu l’ancien ministre des Finances Emmanuel Bamba. Ci-dessous la suite de l’interview qu’il a bien voulu nous accorder chez lui à Kinshasa.

 

A cœur ouvert avec papa Honoré Nkunku

 

Parlez-nous des activités journalières du prisonnier Bamba.

Au réveil, il prenait son déjeuner et après il passait tout son temps à côté de son maître Simon Kimbangu pour suivre son enseignement.

 

Comment Kimbangu passait-il ses journées en prison?

Il avait le même traitement que Bamba. En prison, papa Simon Kimbangu ne prêchait pas, ne faisait pas des miracles.

 

Les enfants Kisolokele, Dialungana et Diangienda tout comme mama Mwilu rendaient-ils visite au prophète à E´ville? En avaient-ils le droit ?

Non. Je pense qu’ils avaient des problèmes d’argent et n’avaient pas les moyens pour faire ce voyage lointain. Même son fils Diangienda qui travaillait à Luluabourg, ville un peu proche de E’ville, ne rendait pas visite à son père.

 

Mama Muilu et ses enfants étaient-ils présents aux obsèques de papa Simon Kimbangu? De quelle maladie était-il mort?

Non, ils n’avaient pas assisté aux obsèques, même pas Bamba qui pourtant était sur place. Le corps était enterré là-bas.

 

Il paraît qu´en 1921, Emmanuel Bamba aurait parlé spirituellement avec le prophète à Nkamba alors qu´il était encore bébé. N’est- ce pas de la propagande? Car comment un enfant d’un an pouvait-il communiquer avec un être humain fut-il envoyé de Dieu ?

Bamba ne marchait pas encore. Mais ce jour-là, il était descendu du dos de sa mère pour aller vers Simon Kimbangu afin de le saluer. Et ils se sont parlé.

 

Parlez-nous des "makesa" ou soldats de Simon Kimbangu. Est-ce un mythe ou une réalité ? Combien étaient-ils? D’où sont-ils venus? Qui les a envoyés? Les avez-vous vus ? Où sont-ils aujourd’hui ? Qui les a  photographiés ? Ces photos ne sont-elles pas un montage? Pourquoi étaient-ils petits de taille? Reviendront-ils un jour pour sauver le Congo ?

Le 4 janvier 1959 lorsque le meeting d’YMK était reporté, il y avait eu des troubles. Les ‘’makesa’’ sont ces militaires de très courtes tailles qui étaient venus combattre aux côtés de l’ABAKO. Personnellement, je ne les avais pas vus.

 

Qu´est devenu le lotissement que Bamba possédait à côté de l’actuel échangeur  de Limete?

Il est occupé anarchiquement tout comme notre église. Mobutu l’avait offert aux protestants.

 

Les condamnés étaient-ils réellement enterrés au cimetière de Kintambo? Leur avait-on crevé les yeux avant l’exécution comme bien des Congolais le pensent ?

Oui, ils étaient enterrés là-bas. Ils avaient les yeux bandés mais crevés. Mais je ne saurai pas confirmer.

 

Il y a quelques années, lors d´une interview à RTL, la première radio de  France,  l´historien français Philippe Delorme, auteur du livre " Les aventuriers de Dieu " affirma qu´en prison, Kimbangu s´était converti au catholicisme. Quelle est votre réaction?

Je n’ai jamais entendu ça.

 

Pouvez-vous prouver aujourd’hui les miracles faits par Kimbangu ?

Oui. Dans mon village, il y avait un homme qui ne marchait pas. Le miracle s’est réalisé à Nkamba en ma présence. Même les morts revenaient à la vie.

 

Selon Bamba qui a vécu ses derniers moments, comment est mort Simon Kimbangu. Y avait-il eu une veillée funèbre en prison? Qui dans sa famille biologique était-il présent ? Comment s’est passé son enterrement ?

Bamba était en prison. On n’avait rien organisé. Personne ne s’était approché du lieu de l’enterrement.

 

Combien de temps Bamba est-il resté en prison? Quelles sont les raisons avancées par les autorités belges pour le libérer ?

Il est resté presque 9 ans soit de 1951 à 1960. En 1956, alors qu’il purgeait encore sa peine,  une parlementaire belge vint  le rencontrer. Bamba  en profita pour plaider la cause de l’église kimbanguiste. Le 23 décembre 1956, l’administration belge reconnu son existence et accepta son rétablissement.

 

Certains disent que Bamba avait des  moyens financiers conséquents  à sa sortie de prison. Où a-t-il eu cet argent?

Après sa libération, sa femme l’avait rejoint à E’ville. Il travaillait. Il fut même administrateur de territoire à Kasangulu. C’est de cette façon qu’il s’acheta une voiture, sa parcelle et tous les autres biens qu’il possédait.

 

Vous aviez été à la fois beau-frère et proche d´Emmanuel Bamba. Quel genre d´homme était-il?

Un monsieur très bon, très honnête, pas litigieux, très sociable. Il a construit des écoles avec son propre argent. Il était vraiment un bon chrétien.

 

Quel souvenir gardez-vous de lui?

Le fait d’avoir accepté et soutenu financièrement  mon mariage avec sa sœur, celle-là même qui m’a donné ces enfants qui aujourd’hui m’aident. D’ailleurs mon petit-fils dort avec moi, quelle joie !

 

Il paraît qu’il avait été empoisonné en prison à Lubumbashi. Qui lui en voulait et pourquoi?

Je ne suis vraiment pas au courant de cette version des faits.

 

Quelle casquette appréciait-il le plus, celui d’homme d’église, d’homme politique ou les deux à la fois ?

Celle de l’homme de Dieu parce qu’il était le représentant légal de l’église.

 

Il avait un don particulier pour les langues et jouait plusieurs instruments: accordéon, trompette et piano notamment. Quand avait-il appris tout  ça?

C’était un homme mystérieux. Il apprenait tout en autodidacte. Il aimait beaucoup la musique. Il jouait même de la guitare.

 

Beaucoup de Congolais disent qu´il y a trop de contre-vérités sur ce que disent les Kimbanguistes à propos de Kimbangu et du kimbanguisme. Quel est votre point de vue?

Je crois qu’il y a beaucoup de faussetés autour. Les gens évitaient de se fier à Bamba. Et pourtant, c’est bien lui qui a vu et vécu avec Simon Kimbangu.

 

Aviez-vous vu Bamba ensemble avec ses amis Kimba, Anany et Mahamba ? Vous a-t-il parlé de ses rencontres avec le colonel Pierre Efomi ?

Je ne le connais pas. Bamba rencontrait beaucoup de gens.

 

Vous avez été un proche. Étiez-vous au courant de la conjuration ou c´était la surprise totale lorsque leur arrestation était devenue un fait.

C’était vraiment un faux problème. Ils n’avaient jamais comploté contre Mobutu. Bamba s’adonnait plus à ses activités religieuses. C’était un homme de Dieu. Il faut se demander si cette histoire était vraie. Pourquoi ce colonel qui était avec eux n’était-il pas arrêté ? N’est-ce pas là au contraire la preuve d’une conspiration ourdie contre Bamba et ses amis ?

 

Témoin de notre histoire, vous n’aviez pas participé à la Conférence nationale aux assises de la Commission chargée des assassinats politiques ? Aviez-vous peur ?

C’est la peur mon fils. Alphonse Mawabi, le propre petit-frère de Bamba, est en exil aux États-Unis. Il n’est jamais rentré au pays depuis la mort de son frère en 1966. Il n’en a même plus envie, je crois. Mobutu encore en vie, qui pouvait oser soulever son petit doigt pour témoigner. Si vous le faites, le lendemain vous êtes enterré.

  

Laurent-Désiré Kabila donna le titre honorifique de "martyrs" aux quatre  anciens ministres pendus. Il a aussi débaptisé le stade Kamanyola en leur mémoire. Pouvait-il faire mieux ?

  • Ériger leurs monuments à côté du stade
  • Restituer nos biens familiaux (parcelle de Kasa-Vubu et autres)
  • Reconnaître notre église et rétrocéder notre terrain de Lemba
  • Dédommager honorablement les familles  

 

Suivez-vous les matchs au stade des Martyrs sachant que Bamba et ses amis avaient été exécutés dans cet endroit ?

J’ai tout oublié. C’était la volonté de Dieu et je remets tout entre ses mains.

 

Un mot sur Etienne Tshisekedi. Au moment des faits, il était ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières et avait défendu l´exécution. Croyez-vous en l’homme qu’il est devenu aujourd’hui ?

Moi, je suis Ne-Kongo. Je ne peux pas croire à n’importe qui et n’importe comment. Beaucoup de ceux qui aujourd’hui se disent leaders ont été pour quelque chose dans l’exécution de Bamba et de ses camarades.

 

Merci papa Honoré Nkunku d´avoir partagé avec nous. Mbokamosika vous remercie de lui avoir accordé un peu de votre temps; surtout d´avoir permis à ses lecteurs de connaître certaines vérités cachés que vous avez mises en lumière. C’était un très grand plaisir et surtout un honneur de vous entendre.

Je vous remercie aussi pour le fait que vous voulez immortaliser à votre manière la mémoire de mon beau-frère Bamba.

 

Interview élaborée par Samuel Malonga

Réalisée à Kinshasa par Alexis Wany Mukuisila

 

 

 

Bruxelles, 26 février 1963. De g à d : Emmanuel Bamba (ministre des Finances), Justin-Marie Bomboko (ministre des Affaires étrangères), Baudouin 1er  (roi des Belges), Cyril Adoula (premier ministre) et Paul-Henry Spaak (ministre belge des A.E). Du 25 février au 1er mars 1963, la délégation congolaise était dans la capitale belge pour débattre avec le gouvernement de sa majesté du portefeuille du Congo. C’est-à-dire de tous les avoirs financiers déterrés en Belgique lesquels résultaient de la participation du Congo Belge dans plusieurs sociétés du royaume.

Bruxelles, 26 février 1963. De g à d : Emmanuel Bamba (ministre des Finances), Justin-Marie Bomboko (ministre des Affaires étrangères), Baudouin 1er (roi des Belges), Cyril Adoula (premier ministre) et Paul-Henry Spaak (ministre belge des A.E). Du 25 février au 1er mars 1963, la délégation congolaise était dans la capitale belge pour débattre avec le gouvernement de sa majesté du portefeuille du Congo. C’est-à-dire de tous les avoirs financiers déterrés en Belgique lesquels résultaient de la participation du Congo Belge dans plusieurs sociétés du royaume.

Commenter cet article

Tuzeimo Mateta Kanda David 05/03/2014 20:19

Je remercie Papa Honoré Nkunku et je remercie aussi Mbola mosika pour ce travail de mémoire qu'ils ont fait pour que les gens sachent la vérité sur le complot de la Pentecôte et de connaître qui était Monsieur Emmanuel Bamba à travers cette interview de Papa Honoré Nkunku.

jc nkunku 04/03/2014 00:06

Merci bcq à mbokamosika :la verité est la source de connaissance et l' homme est le miroir de la verité car l' ambition et la calomnie rendent les gens aveugles.

Roger Bombey 03/03/2014 19:57

Merçi à mboka mosika pour ce récit.